L’homéopathie marche, paraît-il

Pilules homéopathiquesCe doit être un point sensible chez eux, car chaque fois que j’écris sur la supercherie monumentale qu’est l’homéopathie, il y a toujours un fan d’homéopathie qui se pointe pour « corriger » mes supposées erreurs. Et ce n’est pas comme si mon blog était très actif. Enfin, passons.

Voici un commentaire sur Qu’est-ce que l’Oscillococcinum ? qui est arrivé aujourd’hui :

J’ai lu avec intérêt plusieurs articles que vous avez écrit concernant l’homéopathie. Cependant, je suis surprise du peu de sources que vous citez, notamment lorsque vous déclarez que certains principes actifs seraient imaginaires tels que le mur de Berlin ou le lait d’animaux venant de la mythologie. Je ne cherche pas à vous contredire, je suis simplement intéressée par vos sources (ce doit être le côté académique de mes études)!

OK, stop là, pour le moment. Je crois que vous n’avez pas compris. D’abord, il n’y a aucun principe actif dans les produits homéopathiques : c’est le principe de base de l’homéopathie. Comme vous dites avoir étudié le sujet, ne fût-ce que brièvement, cela m’étonne que vous puissiez l’ignorer.

Des sources? J’ai cité peu de sources en effet, car ce blog est en français et  la plupart des papiers scientifiques (et pseudoscientifiques) sont en anglais. C’est nécessaire pour se faire publier dans un journal international, même si ce journal est de très mauvaise qualité. De cela, on en reparlera, mais en attendant voici des sites francophones entièrement dignes de confiance et qui donnent des liens vers d’autres sites tout aussi dignes de confiance :

Les autres sources seront toutes en anglais.

Je conseille vivement de consulter les écrits sur l’homéopathie (en anglais) du premier prof de fac en « médecines douces » : Edzard Ernst. On peut d’ailleurs acheter son livre traduit en français, peu cher, très bien écrit et facile de compréhension : Médecines douces : info ou intox?

Pour le mur de Berlin, une bafouille pondue par un homéopathe en 2004 sur ce sujet.  Pour le lait de sphinx, je me suis lâché (attention : niveau C1 en anglais fortement conseillé) ici. Avec sources.

Avant de passer à la paragraphe suivant, je vois que vous oubliez soigneusement de spécifier le sujet de vos études. J’en déduis que vous ne voulez pas déclarer un conflit d’intérêt dans le domaine des pseudosciences.

Enfin, dans le cadre de mes études, j’ai du écrire un rapport qui discutait brièvement de l’homéopathie. Je me suis donc penchée sur les articles scientifiques qui prouvent ou réfutent l’effet de l’homéopathie.

Il ne suffit pas de « se pencher » sur des études. Encore faut-il que ces études soient de bonne qualité et qu’on soit capable d’en interpréter les résultats. Il est, d’ailleurs, extrêmement rare que des homéopathes produisent une étude de bonne qualité et, quand c’est le cas, ces études donnent exactement le même résultat que celles faites par les autres chercheurs : l’homéopathie est un placebo. C’est d’ailleurs le résultat qu’on attendrait, étant donné nos connaissances en physique et chimie. Même un enfant en bas âge comprend très bien que, plus on dilue son sirop, moins il y en a dans sa tasse.

Vous ne cessez de dire qu’il n’en existe aucun montrant un effet bénéfique de l’homéopathie mais cela n’est pas correct !

Vous voulez dire : ce n’est pas exact. Si, c’est exact et je reste correct face à quelqu’un qui a clairement fait beaucoup moins d’effort que moi pour comprendre ce que c’est que l’homéopathie, mais qui tient néanmoins à me faire la leçon là-dessus 1.

Je vous mets ci-dessous 2 liens d’articles scientifiques sérieux qui ont eu des résultats contraires à ce que vous déclarez. Je ne cherche pas à commencer un débat avec vous, simplement à venir compléter vos dires.

Sérieux, hein ? Voyons, voyons. Le journal Homeopathy a un facteur d’impact de 0,758 – ce qui est franchement minable. Complementary Therapies in Medicine atteint 1,515 – ce qui est mieux, mais pas faramineux non plus. Et ni l’un ni l’autre est un journal scientifique car l’homéopathie est une pseudoscience, ce que vous auriez compris si vous aviez vraiment lu ce que j’ai écrit sur le sujet.

Voyons donc ces liens. « Adjunctive » = donné en plus d’un vrai traitement. Effet placebo pur et dur (on parle de sentiment subjectif), sur un échantillon minuscule et avec une période d’étude très courte. Certes il n’y a pas beaucoup d’études sur l’utilisation des soi-disant médecines douces en complément d’un vrai traitement. Le Pr Ernst résume bien la situation ici.

Le deuxième… Encore un échantillon minuscule sur une période de temps très courte. Mouais. Et on verse de l’éthanol sur un des groupes « contrôle ». Oui, ça ne risque pas d’affecter leur croissance du tout du tout. Tous les dosages homéopathiques sont à 30C, c’est à dire qu’il ne reste plus un seul molécule du soi-disant principe actif depuis longtemps (depuis 12C, pour être précis). Aucune information sur l’emplacement des cuves, bien que cela puisse également jouer sur les résultats. Bref, cette étude est franchement risible.

PS: par contre le schéma concernant l’oscilloccocinum est faux. D’après les articles scientifiques consultés et les brevets déposés, les granules de sucre ne sont pas mis dans la dilution mais la dilution est projetée sur les granules dans une grande cuve où ils sont ensuite brassés. Il n’y a pas non plus d’évaporation !

Le schéma est exact, mais succinct. L’eau obtenu après toutes ces dilutions à la con est bien mise en contact avec les pilules en sucre. Et bien sûr qu’il y a de l’évaporation. Le sucre se dissout dans l’eau. Le fait d’enfermer les pilules encore mouillées dans un tube plastique donnerait un sirop une fois arrivée chez la victime.

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