Tu ne me plais pas en ligne, je veux te faire virer IRL !

C’est grosso modo ce qui s’est passé sur Twitter il y a une douzaine de jours. J’étais en ligne, ainsi que quelques contacts qui essaient de faire connaître les bienfaits de la médecine et aider les gens à comprendre que ne pas vacciner dès qu’on peut contre des maladies potentiellement mortelles et/ou invalidantes est une mauvaise idée.

Arrive comme une merde de pigeon sur un pare brise un personnage aux propos virulents et carrément diffamatoires envers d’autres bloggeurs médicaux. Ses messages mégalomanes et mal orthographiés en qualifient une de « charlatan ». C’est assez surprenant, d’autant plus que la dame en question n’a jamais eu le moindre contact avec lui ; en rétrospect, il avait sans doute marre que personne ne lise son petit blog vaniteux et antivaccin. Hé oui, encore un.

Les premières victimes de cet harcèlement ont simplement bloqué cet exhibitionniste pathétique, ce qui ne l’a pas empêché de continuer. Alors, d’autres Twittereurs se sont intéressés à lui : notamment moi, le webmestre du site Harpocrates Speaks, et un épidémiologue. Nous avons regardé le blog de cette personne, ainsi que le site web de ce qu’il prétendait être la société qu’il dirige, car il disait être un homme d’affaires qui avait inventé des centaines de produits pharmaceutiques. Ce serait impressionnant pour n’importe quel grand laboratoire pharmaceutique ; c’est à peine croyable pour un jeune homme n’ayant qu’une maîtrise en biologie et chimie, d’après son CV en ligne.

Etape suivante : identifier ces médicaments qui auraient, selon ce grand de la science, sauvé des vies. Des vitamines, fabriquées (ou probablement tout simplement conditionnées) sous licence.

Il se peut que la crise collective de fou rire qui a suivi cette découverte l’ait fortement énervé. Il est certain qu’il n’a pas apprécié le décorticage de ses mensonges dans les règles de l’art sur le blog de l’épidémiologue, qui était suffisamment irrité pour déroger à ses propres principes et le traiter de douchebag (connard). Bon, on ne l’avait pas trouvé drôle jusque là, mais il a vite montré à quel point il était vénéneux. Il a mis, en clair sur Twitter, les informations personnelles de l’épidémiologue qui, sans doute un peu naïvement, n’avait pas fait trop d’effort pour cacher son vrai nom. Ce nom n’était pas trop courant, le troll n’a pas eu de mal à dénicher ses nom, adresse et numéro de téléphone, ainsi que l’identité de son employeur.

Ce salaud a également envoyé un mél à tous ses collègues, son chef de service, ainsi que toute personne connectée de près ou de loin avec son service, en l’accusation d’avoir enfreint son droit à l’image (il avait repris la photo de profil), propos diffamatoires, et de l’agitation politique (c’est à dire, conseiller les gens à se faire vacciner).

Il va sans dire que, dès qu’il a posté les informations personnelles sur Twitter nous avons tous signalé l’abus, et son compte a été rapidement fermé. Ou il a changé son pseudo et rendu son profil privé  pour éviter les conséquences de ses propres actions. C’est également possible.

En ce qui concerne l’épidémiologue, son supérieur ne lui en a pas tenu rigueur et il a gardé son emploi, mais pour éviter que d’autres malades se mettent à harceler des dizaines de personnes avec des méls, il doit effacer son blog, rendre son profil et ses Tweets privés, et ne plus communiquer ouvertement sur Internet. Nous avons donc perdu une source précieuse d’informations aussi bien pour des professionnels de la santé que pour des particuliers. Un homme qui écrit avec talent et humour, apprécié par tous,  a été réduit au silence par un malade (on le soupçonne fortement d’être atteint d’au moins une pathologie répertoriée dans le DSM IV).

Le blog diffamatoire du troll est également hors ligne. On aura au moins gagné cela.

Si jamais on avait besoin de preuves que la possibilité d’utiliser un pseudonyme sur son blog et dans les réseaux sociaux est indispensable pour protéger les innocents contre la haine des fanatiques et désaxés, en ligne ou ailleurs, cet incident fait cas d’école. Tout comme celui du tristement célèbre Dennis Markuze (actuellement en cours d’évaluation psychiatrique après 20 ans de messages haineux et incohérents). Hélas, ce ne sont que deux cas récents parmi tant d’autres.  Vous allez enfin nous écouter, Google+ et Scienceblogs (en anglais) ?

Quelques témoignages de gens qui ont besoin d’utiliser un pseudo en ligne, et parfois ailleurs, pour différentes raisons :  My Name Is Me (en anglais).