Salon Cadres&Co, Diagora, Labège 14/04/2011

C’est toujours une bonne idée de fréquenter ce genre de manifestation, même si le nombre d’exposants est assez restreint, comme c’était le cas aujourd’hui. Quelques SSII, deux boîtes de portage salariale, la Marine Nationale, deux grandes surfaces, un peu d’assurance pour faire bonne mesure et c’est à peu près tout. C’était décevant de constater que plusieurs sociétés importantes de la région n’étaient pas présentes.

D’autres sociétés ne s’étaient pas fatiguées à afficher le genre de profil qu’elles recherchent, ou même de donner beaucoup d’informations sur leurs activités. Ce qui ne donne pas envie d’aller se renseigner auprès des malheureux RH, qui étaient surchargés si leur boîte est très connue, tandis que d’autres tournaient les pouces en regardant les visiteurs passer devant, indifférents. Pour la société, c’est une erreur qui fait passer à coté de profils intéressants tout en permettant de recueillir de nombreux CV ne correspondant en aucune façon aux besoins de la boîte. Vous savez, les CV qui arrivent – souvent en plusieurs exemplaires – dès qu’il y a de l’offre d’emploi dans l’air, style : les boulangers qui postulent dans le BTP.

Mention spéciale pour les gens de Sogeti, qui étaient réactifs, charmants et informatifs.

Sinon, pas mal d’infos pratiques de la part de l’APEC, Viadeo et l’AGEFIPH. Ca se voit que les choses évoluent et que ces organismes essayent vraiment de se rendre utiles à tout le monde. Apparemment l’époque où on allait s’inscrire parce qu’on était obligé, mais ensuite c’était « circulez, y a rien à voir », est enfin révolue.

La charmante dame de l’AGEFIPH avec qui j’ai discuté (au début je ne voulais qu’un renseignement rapide sur les aides à l’embauche des RQTH pour les entreprises) et m’a même suggéré une deuxième possibilité d’évolution de carrière. Il semble qu’il reste beaucoup de travail avant de faire comprendre à la plupart des gens qu’une personne handicapée (ou avec une ALD) n’est pas une bête de foire, que ce ne sont pas nécessairement des personnes en fauteuil roulant, ou avec une canne blanche. Que handicap physique ne va pas de pair avec handicap mental, qu’handicap mental n’égale pas maladie mentale (et vice versa).

Perso, j’ai beau avoir le dos en compote, je n’ai pas totalement renoncé à l’idée d’enfin passer ma ceinture noire de karaté.

Burn out (épuisement professionnel) – il n’arrive pas qu’aux autres

Le « burn-out » – ou syndrome d’épuisement professionnel – est un problème grave qui n’affecte pas que les professions de santé. Il peut arriver à n’importe quelle personne qui possède une « conscience professionnelle », d’où il en découle que si le burn-out est catastrophique pour le salarié, qui peut se retrouver incapable de continuer dans sa profession choisie pour une période plus ou moins longue (d’où le terme burn-out : la flamme sacrée est éteinte), il peut l’être tout autant pour l’entreprise qui perd un collaborateur précieux et dévoué.

Non reconnu et non traité ce syndrome peut mener jusqu’au suicide (fort rare, heureusement). Comme j’en ai été victime (du burn-out, pas de suicide, hein) et rencontré d’autres victimes, je sais qu’on s’en remet progressivement, tant les ravages psychologiques peuvent être destructeurs. J’ai voulu en discuter ici.
Caveat lector : je ne suis ni médecin ni psychologue !

Comment savoir si on risque le burn-out ?

Le symptômes varient d’une personne à l’autre, mais il y a des signes qui ne trompent pas. Faisons un petit test : plus vous pouvez répondre « oui » à ces questions, plus vous risquez le burn-out. Si vous avez une majorité de « Oui à 100% », soit vous risquez le burn-out, soit vous en souffrez déjà…

  • Je me sens fatigué(e) même quand j’ai eu une pleine nuit de sommeil
  • Je ne suis pas satisfait(e) du travail que je fais
  • J’ai des problèmes de mémoire : j’oublie facilement
  • Je suis irritable, j’ai tendance à réagir brusquement
  • J’évite les autres, au travail et dans ma vie privée
  • J’ai du mal à dormir, mon travail me tracasse
  • Je tombe malade plus souvent
  • En ce qui concerne mon travail, je me dis « A quoi ça sert ? »
  • Je me retrouve souvent dans des situations conflictuelles
  • La qualité de mon travail a baissé
  • Je bois, fume et/ou prend des drogues/médicaments pour me sentir plus à l’aise
  • Cela m’épuise de communiquer avec les autres
  • Je n’arrive plus à me concentrer sur mon travail comme avant
  • Je m’ennuie vite
  • Je travaille beaucoup mais accomplis peu
  • Mon travail est frustrant
  • Je n’ai plus envie d’aller travailler
  • C’est épuisant de maintenir ma vie sociale
  • Le sèxe ne m’intéresse plus
  • Les activités sportives ne m’intéressent plus
  • Mon travail ne m’offre pas (ou peu) de perspectives d’avancement
  • Quand je ne travaille pas, je regarde la télé
  • Mes sentiments à propos de mon travail ont un effet sur ma vie privée
  • J’ai un travail sans intérêt

Souvent la victime ne se rend pas compte de ce qui lui arrive, car le syndrome se met en place progressivement. Ce seront des petites phrases par-ci, par-là qui révéleront le malaise, souvent en évoquant des sentiments tels que décrits dans le questionnaire ci-dessus.

Qui est susceptible de faire un burn-out ?

D’après mes recherches sur le sujet, les causes sont doubles : ça vient à la fois de causes externes à la victime, et de la victime elle-même. Ce qui ne veut pas dire que la victime se met toute seule dans cette situation, mais que certaines caractéristiques psychologiques l’y prédisposent :

  • C’est quelqu’un d’anxieux, qui s’inquiète par rapport à sa vie professionnelle
  • La personne est très exigeante pour elle-même et ne se donne jamais de répit. Le repos lui apparaît comme une perte de temps et elle ne se sent bien que lorsqu’elle accomplit quelque chose
  • La personne veut plaire (être utile) à tout le monde et ne sait pas dire non
  • Très autocritique, la personne est incapable de déléguer efficacement et pense qu’« on n’est jamais si bien servi que par soi-même »
  • Elle a la « mentalité du sauveur » : c’est l’altruisme poussé à l’extrême et le renoncement à soi

Il n’est bien sûr pas nécessaire de posséder toutes ces caractéristiques, mais cela donne une idée du terrain propice pour un burn-out si assez de causes externes sont réunis.Certains professionnels sont plus à risque, notamment dans le domaine de la santé, ainsi que les travailleurs sociaux, les enseignants et les agents de services correctionnels. Les avocats et autres professions libérales sont aussi très exposés, ainsi que des salariés dans des postes-clefs. Les femmes sont également plus touchées : en moyenne trois femmes pour deux hommes.

Quel environnement peut mener au burn-out ?

L’épuisement professionnel est le résultat d’un stresse émotionnel chronique engendré par de trop grandes exigences au travail. On peut citer, par exemple, un manque de soutien, une surcharge de travail ou de responsabilités, un emploi du temps trop chargé, un échéancier irréaliste, une mauvaise entente avec l’employeur ou les collègues.

Il faut noter ici que certaines causes du burn-out sont très proches du harcèlement moral : l’isolement du salarié peut être bien réel (bureau isolé…), les problèmes d’entente peuvent très bien ne pas venir de lui seul (collègues aussi stressés que lui…). Une personne à qui on ne confie que des tâches largement en dessous de ses capacités intellectuelles a effectivement un travail qui pour lui est sans intérêt. Et ainsi de suite. La différence, à mon avis, est que l’épuisement professionnel est l’effet d’un environnement, alors que le harcèlement provient d’une ou plusieurs personnes, qui peuvent être plus ou moins conscients de ce qu’ils font – voir cet excellent livre sur l’harcèlement moral en général : Le Harcèlement moral : la violence perverse au quotidien.

Une autre cause du syndrome survient chez les employés qui restent après une vague de licenciements dans une entreprise. Ceci peut facilement déboucher sur le burn-out à cause de la multiplication des tâches à accomplir et du traumatisme causé par le départ brutal des collègues.

Comment éviter ou traiter le burn-out ?

Là, les choses se corsent, car les réponses des professionnels sont certes censées mais pas toujours faciles à mettre en œuvre.

1 – Pour la victime :

  • Changez de mode de vie
    Faites du sport, trouvez-vous un loisir qui permet de changer les idées, prenez du temps pour être avec votre famille (il y a beaucoup de divorcés chez les victimes du burn-out) et vos amis, dites-vous bien que les cimetières sont pleins de gens indispensables et qu’il faut souffler.
  • Si vous êtes chef d’entreprise, fixez des jours où vous ne travaillez jamais (vendredi soir, dimanche, jours de fête et d’anniversaire par exemple). Reconnaissez que le surcroît de travail est permanent et embauchez. Cela vous libérera pour faire d’autres tâches et développer votre entreprise. Tout benef’, quoi !
  • Si vous êtes salarié, tirez le signal d’alarme et parlez-en  à votre employeur. Si l’employeur ne veut pas vous écouter, il y a la médecine du travail qui peut vous conseiller, ainsi que l’inspection du travail, et les délégués syndicaux si votre entreprise en possède. Ces derniers sont là pour faire l’intermédiaire.
  • Consultez votre médecin et faites-vous suivre régulièrement. Il n’y a pas que les médicaments qui peuvent atténuer les symptômes les plus désagréables : il faut aussi, et surtout, en parler. Cela aide énormément à identifier les sources de frustration et permet de recevoir des conseils adaptés à votre cas. Les médecins connaissent bien ce mal, et pas uniquement parce qu’ils sont le mieux placés pour en décrire les symptômes ! Le vôtre – généraliste ou médecin de travail – vous suggérera peut-être de consulter un psychiatre. S’il ne le fait pas, demandez-lui de vous en conseiller un. Il ne faut pas en avoir peur, ce ne sont que des médecins spécialisés en psychologie, souvent des gens très cultivés, qui vous aideront à sortir de votre situation. Si ça ne va vraiment pas (et les symptômes physiques ne se limitent pas à la fatigue physique et nerveuse : problèmes digestifs ou hormonaux, nausées, incapacité de se concentrer, dysthymie, il faudra sans doute envisager un arrêt de travail d’assez long durée, car on ne se relève pas d’un burn-out comme on se remet d’un gros rhume. N’allez pas imaginer que vous êtes un tire-au-flanc : ce n’est pas parce qu’un symptôme est psychosomatique qu’il n’est pas réel, avec d’éventuelles conséquences graves pour votre propre santé.
  • Souvent, hélas, il vous faudra changer de travail, ce qui pour un salarié, et particulièrement une mère élevant seule ses enfants, peut être un facteur de stresse supplémentaire, puisque dans l’état actuel des choses on ne peut pas démissionner pour cause de burn-out et espérer toucher des indemnités ASSEDIC – un gros problème quand on est seul à assumer toutes les charges de famille, financières et physiques. Dans ce cas, n’oubliez pas le rôle de la médecine du travail, qui a le devoir de vous écouter – à tout moment, pas uniquement lors de la visite obligatoire – et peut vous faciliter la vie en, par exemple, vous déclarant inapte à un poste (voire tous les postes dans un cas extrème) dans la société. Pour ceci, vous devez quand même être en arrêt de travail et, lors de la visite de reprise, apporter une attestation établie par votre psychiatre comme quoi ce sont les conditions de votre travail qui vous rendent malade.

2- Pour l’employeur/chef de service :

  • Soyez à l’écoute de vos salariés
    Si vous en avez qui se plaignent d’avoir un travail sans intérêt, ou de ne pas être motivés (perspectives de promotion…), ou qu’il y a des problèmes de communication avec des collègues, ne les classez pas systématiquement comme emmerdeurs pour les oublier aussitôt. Ecoutez-les, ils vous alertent à l’existence de problèmes qui peuvent causer beaucoup de tort à votre entreprise.
  • Essayez de rémédier aux problèmes. Il se peut que le salarié a lui-même des propositions pour résoudre les problèmes, ne les rejetez pas sans avoir bien écouté et mûrement réflechi, de préférence avec le ou les salariés concernés.

Post-Scriptum

Tous mes remerciements aux différentes personnes qui m’ont aidé, sciemment ou non, à écrire cet article. Vous m’avez tous apporté des éléments ou des points de vue différents qui m’ont permis, au moins je l’espère, à faire un tour rapide mais relativement complet d’un sujet complèxe et encore mal connu, malgré les dégâts psychologiques et économiques qu’il entraîne pour tous.