L’Afis condamne les menaces dont est victime Olivier Bernard, alias « Le Pharmachien »

Communiqué de l’Afis – Paris, le 15 mars 2019

L’Association française pour l’information scientifique (Afis) condamne les menaces dont fait l’objet le blogueur et vulgarisateur scientifique Olivier Bernard, alias « Le Pharmachien ». Il est attaqué suite à ses prises de position sur le peu d’efficacité des traitements alternatifs à base de vitamine C injectable pour lutter contre le cancer.

Pharmacien exerçant au Québec, Olivier Bernard est surtout connu à travers ses bandes dessinées, son blog et ses ouvrages. Ses objectifs sont de « rendre la science vivante, accessible et intéressante » et de « mettre fin aux mythes scientifiques et médicaux, de façon diplomatique ou non ». Nous avions rendu compte d’un de ses livres, Différencier le vrai du n’importe quoi en santé ! [1] et avions reproduit, avec son aimable autorisation, une de ses bandes dessinées consacrée à la vaccination [2].

L’Afis assure Olivier Bernard de sa plus grande solidarité et dénonce d’une façon générale les méthodes de plus en plus fréquentes de certains militants (insultes, menaces, intimidations pouvant aller jusqu’à viser les proches, la famille ou les employeurs) pour limiter, voire interdire, la parole scientifique.

Nous reproduisons ici l’intégralité de la lettre d’Olivier Bernard, mise en ligne sur sa page Facebook [3].

Association française pour l’information scientifique – Afis
Contact : communication@afis.org, Tel : 07 82 62 69 82

- Site du Pharmachien
- ^[1] | Olivier Bernard, Le Pharmachien – Différencier le vrai du n’importe quoi en santé !, Kennes Éditions, 2015. Note de lecture de Philippe le VigourouxSPS n°315, janvier 2016 sur afis.org
- ^[2] | Le Pharmachien. « Le regain des campagnes antivaccination », SPS n°319, janvier 2017 sur afis.org
- ^[3] | Page Facebook « Le Pharmachien » message du 4 mars 2019.


J’aimerais dire qu’il s’agit d’un cas exceptionnel, mais ce n’est absolument pas le cas. Tous professionnels de la médecine, pharmacie, ou épidémiologie que j’ai vu prendre position contre les traitements bidons des charlatans – par exemple : les lavements au café, la vitamine C intraveineuse, le gui, l’homéopathie (pour le citer qu’eux) contre le cancer – ont été victimes des tentatives d’intimidation. Cet harcèlement peut aller jusqu’aux menaces physiques, en passant par la publication de son adresse privée, harcèlement de l’employeur pour faire perdre son travail à la victime, tentatives de la faire rayer de son Ordre, harcèlement sur les réseaux sociaux (généralement avec signalements abusifs de contenu illicite).

Ceci vaux également pour le culte des anti-vaccins, les fanatiques de l’homéopathie et autres vendeurs d’œufs de jade à se carrer dans le vagin.

Ne vous demandez plus pourquoi la majorité des personnes qui démentent, preuves à l’appui, les insanités et mensonges des charlatans se sentent obligées de poster de façon anonyme.

 

Tu ne me plais pas en ligne, je veux te faire virer IRL !

C’est grosso modo ce qui s’est passé sur Twitter il y a une douzaine de jours. J’étais en ligne, ainsi que quelques contacts qui essaient de faire connaître les bienfaits de la médecine et aider les gens à comprendre que ne pas vacciner dès qu’on peut contre des maladies potentiellement mortelles et/ou invalidantes est une mauvaise idée.

Arrive comme une merde de pigeon sur un pare brise un personnage aux propos virulents et carrément diffamatoires envers d’autres bloggeurs médicaux. Ses messages mégalomanes et mal orthographiés en qualifient une de « charlatan ». C’est assez surprenant, d’autant plus que la dame en question n’a jamais eu le moindre contact avec lui ; en rétrospect, il avait sans doute marre que personne ne lise son petit blog vaniteux et antivaccin. Hé oui, encore un.

Les premières victimes de cet harcèlement ont simplement bloqué cet exhibitionniste pathétique, ce qui ne l’a pas empêché de continuer. Alors, d’autres Twittereurs se sont intéressés à lui : notamment moi, le webmestre du site Harpocrates Speaks, et un épidémiologue. Nous avons regardé le blog de cette personne, ainsi que le site web de ce qu’il prétendait être la société qu’il dirige, car il disait être un homme d’affaires qui avait inventé des centaines de produits pharmaceutiques. Ce serait impressionnant pour n’importe quel grand laboratoire pharmaceutique ; c’est à peine croyable pour un jeune homme n’ayant qu’une maîtrise en biologie et chimie, d’après son CV en ligne.

Etape suivante : identifier ces médicaments qui auraient, selon ce grand de la science, sauvé des vies. Des vitamines, fabriquées (ou probablement tout simplement conditionnées) sous licence.

Il se peut que la crise collective de fou rire qui a suivi cette découverte l’ait fortement énervé. Il est certain qu’il n’a pas apprécié le décorticage de ses mensonges dans les règles de l’art sur le blog de l’épidémiologue, qui était suffisamment irrité pour déroger à ses propres principes et le traiter de douchebag (connard). Bon, on ne l’avait pas trouvé drôle jusque là, mais il a vite montré à quel point il était vénéneux. Il a mis, en clair sur Twitter, les informations personnelles de l’épidémiologue qui, sans doute un peu naïvement, n’avait pas fait trop d’effort pour cacher son vrai nom. Ce nom n’était pas trop courant, le troll n’a pas eu de mal à dénicher ses nom, adresse et numéro de téléphone, ainsi que l’identité de son employeur.

Ce salaud a également envoyé un mél à tous ses collègues, son chef de service, ainsi que toute personne connectée de près ou de loin avec son service, en l’accusation d’avoir enfreint son droit à l’image (il avait repris la photo de profil), propos diffamatoires, et de l’agitation politique (c’est à dire, conseiller les gens à se faire vacciner).

Il va sans dire que, dès qu’il a posté les informations personnelles sur Twitter nous avons tous signalé l’abus, et son compte a été rapidement fermé. Ou il a changé son pseudo et rendu son profil privé  pour éviter les conséquences de ses propres actions. C’est également possible.

En ce qui concerne l’épidémiologue, son supérieur ne lui en a pas tenu rigueur et il a gardé son emploi, mais pour éviter que d’autres malades se mettent à harceler des dizaines de personnes avec des méls, il doit effacer son blog, rendre son profil et ses Tweets privés, et ne plus communiquer ouvertement sur Internet. Nous avons donc perdu une source précieuse d’informations aussi bien pour des professionnels de la santé que pour des particuliers. Un homme qui écrit avec talent et humour, apprécié par tous,  a été réduit au silence par un malade (on le soupçonne fortement d’être atteint d’au moins une pathologie répertoriée dans le DSM IV).

Le blog diffamatoire du troll est également hors ligne. On aura au moins gagné cela.

Si jamais on avait besoin de preuves que la possibilité d’utiliser un pseudonyme sur son blog et dans les réseaux sociaux est indispensable pour protéger les innocents contre la haine des fanatiques et désaxés, en ligne ou ailleurs, cet incident fait cas d’école. Tout comme celui du tristement célèbre Dennis Markuze (actuellement en cours d’évaluation psychiatrique après 20 ans de messages haineux et incohérents). Hélas, ce ne sont que deux cas récents parmi tant d’autres.  Vous allez enfin nous écouter, Google+ et Scienceblogs (en anglais) ?

Quelques témoignages de gens qui ont besoin d’utiliser un pseudo en ligne, et parfois ailleurs, pour différentes raisons :  My Name Is Me (en anglais).