Oméomémo : Boiron se fout de nous une fois de plus

Omeomemo

Bien suivre son traitement homéopathique ? Avec , c’est facile !

Une application i-phone gratuite qui planifie le suivi de votre traitement

C’est quand même un peu fort de café. Non content de vendre des pilules en sucre comme remède contre les états grippaux, la puissante Boiron S.A. continue à essayer de faire passer  leur placébos pour des médicaments ayant un vrai effet médical sur l’organisme en sortant une app’ pour iPhone. Une app’ qui vous aidera à vous rappeler quand et comment il faut prendre vos remèdes sans aucun principe actif.

Donc, dans la série ‘foutage de gueule’, je vous présente : Oméomémo : Application i-phone – Boiron. Il prétend être « Un système d’alarme automatique vous permet de choisir quand et à quelle fréquence vous souhaitez être averti de la prise de vos médicaments ».

Fait amusant : il faut tout saisir soi-meme, donc il semblerait que ce soit grosso modo une base de données préprogrammée, mais vide. Attention : n’ayant pas d’argent à jeter par les fenêtres, je n’ai point d’iPhone, donc il m’est impossible de vérifier l’exactitude de ma conclusion. Faites-moi signe si je me trompe.

Evidemment, une posologie qui requiert un dosage exact et une heure précise de prise du médicament donne l’impression qu’on a affaire à un médicament puissant. Ce sont des foutaises. Malheureusement, trop peu de gens savent ce que c’est un remède homéopathique pour s’en rendre compte.

Comment créé-t-on un remède homéopathique, du début jusqu’à la fin ? Ca va être un peu long, donc je vais étaler l’explicqtion sur quelques jours.

1 – Trouver l’ingrédient actif

Ceci peut être n’importe quoi. A premier vue ce n’est pas très choquant : les substances et méthodes utilisées par la médecine conventionnelle (qu’on appelle également « médecine ») sont également très variées. En homéopathie on ne s’interdit rien : les substances utilisées comme principe actif peuvent être vraiment n’importe quoi.

Il y a bien sûr des extraits de plantes, y compris la belladone, l’arum et l’aconit (comme pour ce remède contre l’extinction de voix), mais vous constaterez que ce même remède contient aussi du Mercurius solubilis qui n’est plus ni moins du mercure, mélangé avec un peu de nitrate de mercure.

Cela fait longtemps qu’on ne se sert plus du mercure dans la vraie médecine, mais passons. En cherchant un peu plus, on trouve des principes actifs vraiment étranges: la porcelaine, le mur de Berlin, la lumière de Saturne, laits de différents animaux (y compris des animaux mythiques – non, pas légendaires, mais bien mythiques, c’est à dire n’ayant jamais existés), l’ivoire, le coeur et le foie d’un canard, du sel, de l’arsénic, des rayons X…

Je n’invente rien. Ils existent tous dans une pharmacopée – souvent officielle – homéopathique quelque part. Afin que le profane ignore ce qui est censé être dans le remède qu’il avale ou applique sur son bobo, le nom de chaque ingrédient est en latin. Même l’eau se retrouve baptisée d’office Aqua.

Le prochain article traitera des essais cliniques du monde homéopathique. Vous n’êtes pas au bout des surprises.

Boiron signe un accord valant $12 millions pour éviter un procès collectif

Le procès collectif, dit class action, intenté à Boiron aux Etats-Unis n’a pas eu beaucoup d’échos dans la presse francophone. Pourtant, les déboires récentes de cette spécialiste de la homéopathie ont fait chuter son cours en bourse et continuent à lui coûter cher : -18% en un an, alors que l’ensemble du secteur pharmacie et biotechnologie a connu une croissance de 12,7%. Vous pouvez suivre le cours de l’action Boiron en direct chez Les Echos.

J’ai demandé au sceptique anglais qui écrit sous le nom de plume «le canard noir» l’autorisation de traduire en français l’article qu’il vient de publier sur le sujet1. Toute faute de français ou de traduction, ou mauvaise tournure de phrase est la mienne.

Le géant français de l’homéopathie accepte de rembourser des clients et rajouter un avertissement sur les emballages

IMG_0456 Je maintiens depuis longtemps que le succès de l’homéopathie vient du fait que beaucoup de gens ignorent de quoi il s’agit. L’homéopathie puise sa force dans la nature ésotérique des croyances qui sont à sa base : ce qu’on raconte aux clients ne dévoile en rien les dogmes bizarres de la secte.

Par exemple, on m’ parlé d’homéopathie la semaine dernière, lors d’un dîner avec des amis français.  L’homéopathie représente un marché énorme en France. La photo ci-contre montre la pharmacie locale : la grande affiche vante les mérites d’Oscillococcinum, le remède contre les états grippaux des Laboratoires Boiron. J’ai expliqué comment on fabrique Oscillo : la dilution à 200 reprises du foie d’un seul canard. J’ai tenté de faire comprendre que ceci revient à diluer ce foie dans un volume d’eau qui est 10320 plus grand que la partie visible de l’Univers.

Bien sûr, on ne m’a pas cru. C’est complètement absurde, et donc ne peut pas être vrai..

Mais Boiron gagne des centaines de millions de dollars chaque année avec Oscillo et les autres remèdes homéopathiques. Toutefois, aux États-Unis Boiron s’est attiré beaucoup de procès collectifs au fur et à mesure que les gens se rendent compte de ce qui se trouve – ou, plutôt, ne se trouve pas – dans ses remèdes.

Voici un petit vidéo amusant qui a contribué à sensibiliser les Américains au problème Boiron.

[http://youtu.be/3-8e77QyiU]

Alors, obligé de faire face à six procès collectifs intentés par des consommateurs, Boiron vient de décider (lien en anglais) de constituer une réserve de 5 millions de USD pour le remboursement de clients mécontents des pilules en sucre pur qu’ils ont achetées. Les plaintes contenaient l’allégation que Boiron avait «violé les lois californiennes sur la concurrence et la publicité mensongère». En outre, ils affirmaient que les produits – dont Oscillo, Arnicare (France : Arnica), Chestal (France : Stodal) et Coldcalm (France : Coryzalia) – n’avaient pas les effets réclamés. Il semblerait que Boiron n’avait pas vraiment le choix : il fallait parvenir à un accord avant d’arriver au tribunal, car aucun de ces produits ne contient de principe actif. Ce ne sont que des pilules en sucre et du sucre en poudre.

En plus, c’est cher pour du sucre en poudre. Lors de mes récents voyages aux Etats-Unis, j’ai remarqué qu’Oscillo se trouvait toujours sur les étalages avec des remèdes plus conventionnelles contre les rhumes et états grippaux. A chaque fois, ce remède était le plus cher de tous, au prix d’environ 18$ pour six sachets de sucre.

La société a également fait une déclaration importante :

La société a simplement décidé qu’en fin de compte les clients avaient besoin d’informations supplémentaires et nous sommes contents de pouvoir les fournir.

Ceci veut dire qu’à l’avenir Boiron rajoutera un avertissement qui signalera que la U.S. Food and Drug Administration (NDLT : l’organisme qui régit la mise sur le marché des médicaments aux Etats-Unis) n’a pas évalué l’efficacité du produit en tant que remède et – surtout – une explication de la façon dont les principes actifs ont été dilués. Le coût de cet exercice est estimé à environ 7 million de USD.

Si la procédure de dilution est décrite de façon claire, alors les consommateurs réagiront très probablement comme mes amis français : ils seront complètement abasourdis à l’idée que quelqu’un puisse avoir le culot de vendre ce genre de bêtise.

Il y a un an, l’action Boiron s’échangeait à plus de $30. Après depot des plaintes, le prix est descendu en dessous de 20$. Ce matin, le prix a remonté un peu, à environ 22$.

Reste à voir où tout ceci aboutira pour Boiron. Sans doute ils se contenteront de faire le minimum légal en ce qui concerne la description du vrai processus de fabrication de leurs concoctions. Nous verrons comment réagiront les consommateurs.

Lire aussi : Les laboratoires Boiron s’attaquent à un blogueur italien

Addendum

1. Depuis la publication de cet article, « Le Canard noir » a commencé à écrire des articles LGBTphobique sur son blog. C’est pour cette raison qu’il n’y a plus de lien vers l’article. Il n’y a pas d’excuse pour les paroles de haine.

Les labos Boiron s’attaquent à un bloggeur italien

A partir de maintenant, il sera difficile pour les adeptes d’homéopathie de faire croire que leur manie préférée – à savoir: se gaver de petites boules de sucre et se tartiner de pommades – n’est pas une grosse affaire multinationale brassant des millions d’euros, toute comme les sociétés pharmaceutiques traditionnelles qu’ils aiment à dénigrer.

Les laboratoires Boiron viennent de s’en prendre, en se plaignant à son FAI, à un bloggeur italien qui a osé se moquer de l’efficacité du célèbre Oscillococcinum. En gros, il a fait remarquer qu’il n’y a aucun ingrédient actif dans ce produit. Ce qui, d’ailleurs, est tout à fait vrai. Voyons de quoi est fait ce « médicament » :

  • Extrait filtré de foie et de cœur d’Anas barbariae dynamisé à la 200ème K.
  • Excipients : saccharose, lactose.

q.s.p. 1 dose globule de 1g.

(du site Internet de Boiron France)

D’abord, c’est quoi Anas Barbariae ? Nom, ce n’est pas une plante, bien que la plupart des fans d’homéopathie soit convaincu que tout est « naturel » et à base de plantes. C’est un autre nom pour ceci :

muscovy duck

Il est connu également sous le nom de Cairina moschata, ou canard de Barbarie. Vous constaterez le manque total de feuillage. Bon, d’accord, c’est plus ou moins naturel, puisqu’il s’agit d’un être vivant. Alors, ce coin-coin, on lui prend son coeur et son foie, qu’on dynamise. Non, cela n’a rien à voir avec un courant électrique ; en homéopathie c’est une forme de dilution.

Et comment qu’on les dilue, ces organes de canard ?  On les dilue à 200K, c’est à dire,  on les met dans un récipient, puis :

  1. on vide le récipient
  2. on remplit le récipient d’eau pure
  3. on secoue vigoureusement

répété 200 fois. Comme souligne Wikipedia :

[si, en vidant le récipient, à chaque fois il reste 1% de la solution collée aux parois, alors] cela revient à rincer 200 fois un récipient avec de l’eau pure et en secouant très fortement à chaque rinçage.

Il n’y a, depuis la douzième dilution, plus aucune molécule active dans la préparation.

Pour ceux qui se demandent à quoi correspond la douzième dilution, c’est là où on arrive à la constante d’Avogadro. Au-delà de ce point, il n’y a pratiquement aucune chance que la moindre trace de canard reste dans le récipient. Et on continue à rincer joyeusement encore 188 fois ! Il ne reste même plus une molécule de l’eau du premier rinçage. Ni du centième d’ailleurs.

Ah, mais le principe de base (contredit maintes fois par la recherche depuis l’invention de cette croyance) de l’homéopathie est que l’eau a une mémoire ? Elle se souviendrait donc des organes du canard mais pas de ce que les poissons ont fait dedans. Bien. Et cette mémoire se transmettrait ensuite aux excipients, puisque les « globules » homéopathiques ayant été séchées elles ne peuvent être constituées que de saccharose et de lactose.

Bref, l’oscillococcinum n’est que du sucre avec un peu de lactose. Il n’y a aucun principe actif dans ce « remède ».

Ni, d’ailleurs, dans aucun produit homéopathétique.

Mais qu’est-ce que ça rapporte, ces boules de sucre !

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